jeudi 11 septembre 2014

Les revenus de la prostitution bientôt intégrés dans le calcul de la richesse nationale ?

Voici un extrait de l'article de Patrick Roger paru dans le Monde le 6 juin 2014. "Pour doper la croissance en panne dans les pays européens, il suffirait de recourir à l'argent de la prostitution et de la drogue. C'est ce que pourrait laisser à penser le système européen des comptes nationaux (SEC 2010) publié par Eurostat, la direction de la Commission européenne chargée de l'information statistique à l'échelle communautaire.
Le nouveau standard européen entrera en vigueur à partir de septembre 2014. Cet épais et indigeste document détaille les éléments à prendre en compte dans les statistiques de comptabilité nationale en vue de les harmoniser et de les rendre comparables.
Et c'est là que le bât blesse. Un certain nombre de pays, comme l'Autriche, l'Estonie, la Finlande, la Norvège, la Slovénie ou la Suède, intègrent déjà les revenus de la prostitution et/ou de la drogue, dans l'activité économique. Viennent de s'y rajouter plusieurs pays de l'Union européenne comme l'Italie, la Grande-Bretagne et l'Espagne. (...)
Mais ce qui est illégal dans un pays peut être légal dans un autre et les activités jusque-là tenues pour souterraines peuvent, à la faveur de ce système européen, s'il venait à se généraliser, acquérir valeur de secteur économique à part entière.
L'Office for National Statistics (ONS) britannique a donc décidé de se jeter à l'eau. Il évalue à 5,3 milliards de livres (6,5 milliards d'euros) la contribution de la prostitution à l'économie du pays et à 4,4 milliards de livres (5,4 milliards d'euros) celle du commerce de la drogue. Se pose cependant une question : comment quantifier une activité qui, par nature, ne tient pas de livres de comptes ?
Les statisticiens anglais ont établi une méthode de calcul qui aboutit à un résultat de 60 879 prostitué(e)s sur le territoire national, qui proposeraient leurs services à 25 clients par semaine, « facturés » au tarif moyen de 82 euros (66,6 livres). Ces honorables économistes n'oublient pas de prendre en compte dans cette comptabilité nationale les produits dérivés tels que « vêtements de travail », ustensiles, préservatifs, dépenses de location, etc.
En Italie, l'Istat, équivalent de l'Insee, qui intégrait déjà dans ses statistiques les revenus du travail non déclaré, ajoute au trafic de drogue et à la prostitution le produit de la contrebande d'alcool et de tabac. Selon la Banque d'Italie, l'économie souterraine représente plus de 10 % du PIB. Ce nouveau système de comptabilité pourrait ainsi porter le taux de croissance de 1,3 % à 2,4 %. Idem en Espagne.
La France va-t-elle se ranger à ce nouveau système de comptabilité ? Pour l'heure, elle s'y refuse, chaque pays membre restant libre de calculer son PIB comme il l'entend. Elle va cependant devoir procéder à une « double comptabilité » pour se mettre en conformité avec les normes comptables européennes".

Et puis une vidéo de rappel de "dessine-moi l'économie" sur ce qu'est le PIB.

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