mercredi 19 novembre 2014

L'irrésistible montée du yuan à l'international.

Un article du Monde paru le 4 décembre 2013. Important pour compléter votre cours. Attention,  la devise chinoise est désormais la deuxième pour les financements commerciaux, derrière le dollar,mais il s'agit bien des opérations relatives au compte courant.



L'ascension de la devise chinoise se poursuit. Selon la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (Swift), l'entreprise spécialiste des transferts de données bancaires, le yuan renmibi est, en octobre, devenu la deuxième monnaie des financements commerciaux, après le dollar et devant l'euro. Sa part est ainsi passée de 1,89 % en janvier 2012 à 8,55 % en octobre 2013.
" Il s'agit des opérations d'escompte bancaire et de financement à crédit des importations, et non de l'ensemble du commerce mondial, où le yuan ne pèse toujours que 2 % des règlements ", précise Bei Xu, économiste spécialiste du pays chez Natixis.
" La vitesse à laquelle le yuan a détrôné l'euro est surprenante ", commente Philippe Waechter, économiste chez Natixis AM. " Il reste tout de même loin derrière le dollar ", nuance Christian Parisot, chez Aurel BGC. Le billet vert représente toujours 81,08 % des financements commerciaux. Et sur l'ensemble des paiements internationaux, le yuan reste à la douzième place.
" Mais cette progression reste impressionnante, elle témoigne de la volonté de Pékin de faire du yuan l'une des grandes monnaies des échanges internationaux ", décrypte pour sa part Michel Aglietta, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).
Ces efforts ont accéléré ces derniers mois. L'empire du Milieu multiplie ainsi les accords commerciaux bilatéraux avec les pays d'Asie ou d'Amérique du Sud. Le 10 octobre, la Banque populaire de Chine (PBoC) et la Banque centrale européenne (BCE) ont signé un accord de swap de devises.
Non-convertibilité
Objectif : faciliter les échanges commerciaux en yuan entre l'Europe et la Chine, en permettant aux banques européennes d'accéder à 350 milliards de yuan (42 milliards d'euros) et aux banques chinoises, à 45 milliards d'euros. De quoi permettre à leurs clients chefs d'entreprises d'accéder facilement aux deux monnaies.
" La diffusion du yuan passera pas l'internationalisation des entreprises chinoises, comme cela s'est produit pour le dollar, avec l'installation des firmes américaines partout dans le monde ", commente M. Aglietta.
Mais l'ascension de la devise chinoise s'observe aussi sur les places financières. Ces dernières se livrent depuis quelques mois une véritable bataille pour profiter de son internationalisation. Pour le moment, Hongkong reste le premier centre de négoce offshore de celle-ci. " C'est là que les grandes banques internationales et, par leurs intermédiaires, les entreprises, se fournissent en yuan ", explique Bei Xu.
Mais Londres, qui capte déjà 60 % des volumes d'échange de renminbi hors de Chine continentale, de Hongkong et de Taïwan, est déterminée à ravir la première place. Mi-octobre, la capitale britannique a signé un accord avec Pékin autorisant les institutions financières londoniennes à investir directement en Chine et en yuan.
Et, comme à Hongkong, certaines entreprises peuvent également émettre des obligations en yuan à la City.
La progression de la devise chinoise est somme toute étonnante pour une monnaie qui ne reste que partiellement convertible. Pékin a commencé à en assouplir le contrôle au début des années 2000. D'abord en indexant le cours de sa monnaie, dès 2005, non plus sur le dollar, mais sur un ensemble de devises. Puis en autorisant, dès 2010, les entreprises chinoises à utiliser le yuan pour le règlement de leurs échanges commerciaux, jusque-là effectués en dollars. Grâce à cela, la part du commerce extérieur du pays libellé en dollar devrait passer de 16 % aujourd'hui à 30 % en 2020, selon HSBC.
Mais, d'après les experts, le chemin à parcourir est encore long. " Le poids du yuan sur les marchés financiers reste très faible face au dollar ", rappelle Bei Xu. Selon elle, trois conditions sont encore nécessaires avant que la devise chinoise représente un véritable concurrent au dollar.
Il faudra d'abord qu'elle soit pleinement convertible face aux autres monnaies. Il faudra ensuite que le secteur financier chinois, pour l'instant balbutiant, soit bien plus développé. Et enfin, que le pays ouvre ses marchés aux capitaux internationaux.
C'est bien ce que compte faire – mais de façon progressive et mesurée – le Parti communiste chinois. Début novembre, lors de son troisième plénum, il a annoncé un nouveau volet de réformes économiques ambitieuses, destinées à ouvrir le pays. Les investisseurs étrangers auront ainsi peu à peu accès aux marchés financiers chinois. " L'évolution pourrait se produire plus vite qu'on ne l'imagine ", conclut M. Waechter.
Marie Charrel

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